La péninsule de Sinis (2) : le nez aquatique de la Sardaigne

Samedi 8 juin

Vendredi, c’était repos toute la journée, c’est pas mal aussi de ne rien faire. J’y arrive très bien. Pour Alain, c’est plus compliqué, alors il est parti faire quelques courses indispensables dans l’après-midi (rosé, pain, eau)…

Le soir, petite balade digestive sur la plage :

Samedi, reprise de la découverte de la peninsula avec la plage toute proche de Punta Aruntas, qui serait, dixit le Guide Vert de M. Michelin, « époustouflante ».

C’est une plage, ça c’est confirmé. Elle est… pas mal, soyons honnête. Sans plus, mais je ne suis pas vraiment spécialiste en plages.

Ce qui la singularise, comme sa voisine Mari Ermi où on Alain s’est baigné l’avant-veille, c’est la blancheur du sable, qui résulte de l’érosion de la toute petite île di Mal di Ventre, distante de 4 milles nautiques du littoral. Et je vous vois venir, non ce n’est pas l’île du mal au ventre, mais du « mauvais vent ». Revenons au sable, qui est constitué de minuscules petites billes de quartz, principalement blanches.

Assez original de près.
Et ici aussi, des algues séchées, mais beaucoup moins que sur l’autre

On repart assez vite et on se dirige vers le Capo Mannu, tout-à-fait au nord de la péninsule.

Beaucoup de vignes dans la région et au-delà

Après la station balnéaire très fréquentée de Putzu Idu, on s’enfonce dans le maquis sauvage et foisonnant, sur des chemins de terre qui mènent au cap.

La « falaise » est instable, dit le panneau. Mais nous on remarque surtout qu’elle est noire,  sur les bords. Marée noire ?
Si si, on voit mal, mais dans les creux c’est noir. Alain ramène un échantillon pour expertise familiale
Là, c’est bien noir non ?
Et ici aussi

Je crois qu’on s’en va, mais Alain a décidé d’aller voir la tour au loin de plus près.

C’est caillouteux, cahoteux, orniéreux, etc… et ça grimpe ! Interdit aux femmes enceintes… 🤣

Mais on y parvient quand même, malgré mes protestations que je sais d’avance inutiles (et après que je sois une fois de plus descendue de selle !).

Reconnaissons que c’est une belle tour, tronquée certes, mais qui a de l’allure
La tour est belle, et j’en fais le tour
Un panneau montre la tour avant et après la restauration. Ça valait le coup.

Elle  était gardée par un chef et 2 ou 3 soldats pendant plusieurs dizaines d’années au ?ème siècle (je m’en rappelle plus, et on s’en fout un peu…). Il y avait une carte de la Sardaigne avec le marquage d’une multitude de tours semblables sur tout le tour de l’île.

Encore de belles vues depuis la tour

Après, on s’en va pour de vrai, sauf qu’on se perd… C’est un dédale de sentiers, toujours aussi impraticables en moto, on vire dans tous les sens, je reste très stoïque et digne, pas le choix… Bon, ça dure pas trop longtemps avant qu’on retrouve la route et le bitume.

On continue la boucle autour du vaste étang de Cabras, jusqu’à… Cabras justement, pour faire un tour au Musée municipal archéologique.

Les 2 premières sections montrent divers objets de l’époque nuragique trouvés sur plusieurs sites voisins, ainsi que sur celui de Tharros visité avant-hier.

Statuettes féminines
(pas évident à première vue…)
Collier en dentalium (une espèce de mollusque)
Impressionnante restauration
Une stèle avec une statue humaine imbriquée
De grandes baies vitrées permettent de voir l’atelier de restauration, notamment ici accrochée, l’une des 38 encore énigmatiques statues nuragiques géantes, retrouvées en 5178 fragments.

On saute quelques siècles dans la section suivante du musée, avec l’exposition d’objets issus de l’épave d’un vaisseau romain coulé près d’ici au 1er siècle avant JC.

Reconstitution du navire romain

Notamment, le bateau transportait près de 1000 lingots de plomb pesant chacun 33 kg, qui servaient à fabriquer des outils, objets ou armes.

Les lingots sont estampillés du nom du fabricant, dont plus de 700 au nom de Gaius et Marcus Pontilieri

Un point assez intéressant sur ces lingots est souligné sur un panneau en italien non traduit, et survolé dans mon guide. Du coup, je ne suis pas assez informée ni spécialiste pour en causer avec clarté.

Allez, je me lance : si vous êtes calé en neutrinos, vous êtes sauvé (pour ma part,  j’ai toujours eu moins de 5/20 en physique, et encore là je me vante…) : le labo national italien de recherche en physique fondamentale pourrait réutiliser ce plomb pour des expériences (ou le fait déjà ?), parce qu’après 2000 ans, leur plomb a perdu sa radioactivité naturelle (parce qu’il en avait une ?), ce qui n’est pas le cas du plomb fraîchement extrait.

Ensuite il est question de rayons gamma, de plomb-210 dont la radioactivité diminue en 22,3 ans, d’analyse isotrope, mais il me manque du liant entre tout ça. Voilà, ma compréhension s’arrête là, mais j’ai le texte en italien pour les amateurs ou les italophones.L

La bonne nouvelle, c’est que cette coopération entre l’archéologie et la recherche physique a permis de financer les travaux de récupération.

D’autres objets furent récupérés de l’épave :

Balles en plomb
Clous en bronze
Des ancres en plomb
Des amphores de transport

Une autre section montre des éléments issus d’une nécropole excavée à quelques km, mais j’ai peu de détails car la pièce était occupée par un groupe de visiteurs et leur guide italienne alors on est ressortis.

Il y a même un petit oreiller pour la tête
Illustration sur le site archéologique de la nécropole. La nouveauté, si on peut dire, c’est le choix de tombes individuelles plutôt que collectives, dans un alignement très calculé

En sortant, on déjeune dans un restaurant vivement recommandé par M. Michelin, et on se régale d’un mix de pâtes à la carbonara de la mer pour moi (avec de vrais fruits de mer, pas sortis d’une boîte), et des spaghettis sardes avec du poisson fumé et de la poutargue pour Alain. Due caffè lunghi, et on était repus (ça vient doucement l’italien !)

Après une courte sieste sur un banc à l’ombre sur une petite placette, on repart pour le singulier petit village de San Salvatore, à quelques km de là.

Pourquoi singulier ? Je vais vous le dire, car je fais les demandes et les réponses : il n’est habité que 9 jours par an en août/septembre. Et c’est pas aujourd’hui, comme on peut le voir :

Mais pourquoi donc ? J’en vois quelques-uns au fond qui devinent… Oui, la religion encore, un pèlerinage en l’honneur du Saint-Sauveur (il ferait bien de revenir faire un tour sur terre celui-là…), la Corsi degli Scalzi, la « course des déchaussés ».

Le 1er samedi de septembre, une centaine de jeunes hommes courent pieds nus vêtus de tuniques blanches les 8 km entre Cabras et San Salvatore selon une tradition remontant à 1619, quand les habitants, attaqués par les Sarrazins, ne pensèrent qu’à sauver la statue du Saint-Sauveur et coururent dans la campagne en soulevant tant de poussière que les Sarrazins s’enfuirent, croyant avoir affaire à une armée. Toujours savoureuses, ces anecdotes historiques.

Sur la vaste place centrale de l’église, de nombreux westerns « spaghettis » furent tournés dans les années 60

Retour au camp de base, soirée tranquille sous le soleil couchant.

7 Replies to “La péninsule de Sinis (2) : le nez aquatique de la Sardaigne”

  1. Le collier m’a fait penser au collier de nouilles offert par mes chers petit.e.s pour la fête des mères!

    Tu m’étonnes que le bateau ait coulé avec 33 tonnes de plomb… J’y connais rien en physique non plus, mais je sais compter, contrairement à ce que prétendent quelques mauvaises langues!

    Laurent (copain avec Archimède) m’explique qu’il suffit que la coque déplace 33 m² d’eau…

    Bref, c’est très beau la Sardaigne, mais je ne trouve pas de carte assez détaillée pour suivre votre périple à chaque tour de roue…

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    1. Apparemment le plomb viendrait de Carthage et ils avaient l’habitude de l’importer. On ne sait pas ce qui l’a fait couler mais ce qui est sûr c’est que le plomb, qui était stocké au milieu du bateau, l’a fait couler droit et lentement, ce qui a fait enfoncer la quille dans le fond, ce qui l’a préservée, alors que le reste du bateau a disparu.
      Pour ta gouverne (ha ha ha… Laurent n’aurait pas fait mieux… Si ? Bon, ok.), un bateau de croisière pèse entre 10 000 et 100 000 tonnes selon sa taille ! Alors les 33 tonnes de plomb, c’est du pipi de sansonnet 😂
      Et, désolée cette fois ci, j’ai laissé tomber les cartes, mais je tenterai d’y remédier avant la fin !

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  2. Hé ben ! Tu nous laisses sur notre faim avec ce village fantôme ! Voyons donc ! Je suis comme Hélène, je me pose bien des questions ! Ca sent l’entourloupe ! Ils font peut-être un commerce au noir de plomb désactivé !
    Remarque qu’avec tout ce vent qui donne mal au ventre, ils ne sentent vraiment plus les odeurs pour en venir à se faire colliers et napperons en mollusques.
    Et ils ne louent même pas ces petites maisons ?
    La plage du début fait penser à celles de Cuba, une autre île ! En tous cas, c’est un bien beau coin et vous avez bien de la chance d’avoir un si beau coucher de soleil !
    Magnifiques photos, merci !

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    1. Tu n’aurais pas été douanière dans une vie antérieure par hasard ? Y’a pas de complot, hormis la sainte religion 😉 Et Alain a dit comme toi, ça lui rappelle tout-à-fait Cuba 😊

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  3. Un chemin « caillouteux, cahoteux, orniéreux »….

    Mais c’est un MAGNIFIQUE chemin pour un trialiste ! (Trialiste : quelqu’un pratique de la moto trial)

    Bref je n’aurais également pas résisté à l’envie de parcourir ce joli passage en moto !

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Sans tambours ni trompettes

Blog voyages de deux jeunes retraités, n’offrant ni conseils ni bonnes adresses, juste des cartes postales sympas (comme nous) pour garder le contact avec la famille et les amis que ça intéresse. Et ça servira de pense-bête quand nos neurones joueront à cache-cache.