Les vestiges de Pompéi & Herculaneum au musée de Naples

Mercredi 11 octobre

Lors de notre dernier passage à Pompéi il y a… longtemps, nous avions fait l’impasse sur le musée archéologique de Naples, où sont conservés tous les vestiges déterrés des sites de Pompéi et Herculaneum. Cette lacune était resté dans un petit coin de ma tête comme une (légère) frustration, d’où cet arrêt à Naples devenu « obligatoire » sur notre chemin de retour.

Mais, tels des souvenirs d’enfance enjolivés avec les années, et au risque de perdre les deux malheureuses lectrices qui me restent, je dois dire que cette visite a été un peu décevante, et qu’Alain s’est plutôt ennuyé.

J’ai le sentiment que cela doit beaucoup non pas aux objets exposés, mais à leur présentation, plate, classique, sans mise en scène ni effort pour nous plonger dans la vie romaine de l’époque. J’ai cru comprendre sur les panneaux d’explications qu’à quelques exceptions qui ont leur section propre (Maison des Papyrus, Chambre Secrète, Temple d’Isis), cette présentation par type d’objet – tous figés dans leurs vitrines pas très bien éclairées – était celle adoptée… au début du 20ème siècle, privilégiant un ordre thématique des objets et chronologique des styles. Et j’irai jusqu’à dire qu’on se serait parfois crus dans le bureau des archéologues de l’époque.

Mais que font alors les audioguides, sensés enrichir la visite ? Eh bien… je n’en ai absolument aucune idée parce qu’à notre arrivée en fin de matinée, il n’y en avait plus un seul disponible… Et comme Naples, c’est pas dans les Pouilles ni en Basilicate, je n’avais pas non plus prévu de guide personnel à consulter, mais ça, le musée n’y peut rien bien entendu.

Appareil servant à chauffer les liquides

Mais plutôt que la forme, arrêtons-nous sur le fond et entrons dans le vif du sujet, qui reste malgré tout très intéressant.

Argenterie issue de la Villa de Menander à Pompéi, un membre de la classe dirigeante. On a retrouvé 118 pièces en argent dans une armoire dans un endroit caché construit à la suite du tremblement de terre de 62 après J.C. On déduit d’après le nombre de chaque type d’objet qu’il devait y avoir 8 convives à table
Instruments de chirurgie :
pince et forceps de dentiste, cathéters, pince chirurgicale, forceps, phlébotome (quésaco ?), bistouri…

Les combats de gladiateurs, originellement organisés dans la sphère privée, devinrent ensuite des spectacles publics très populaires, souvent offerts par les magistrats ou les empereurs. Ces pièces – bien sûr uniques au monde nous dit le panneau – furent trouvées au 18ème siècle et permirent de comprendre beaucoup d’aspects de la vie des gladiateurs et de l’organisation de ces jeux.

Cercle de punition en fer (?)Ceppo di punizione / Iron stock, si quelqu’un comprend…
Instruments de mesure

La Campanie était devenue l’une des principale régions de fabrication du verre, et d’après Pline (l’Ancien ou le Jeune ?), était réputée pour les nombreuses innovations introduites dans les techniques de fabrication, dont je vous passe les détails mais que je tiens à disposition pour les curieux.

Portraits masculins en verre peint, probablement issus de médaillons

Parmi les vestiges retrouvés dans la région du Vésuve, on trouve plusieurs contenants de forme et taille différentes, souvent légers et élégants, avec une prédominance de vert et de bleu. Ils étaient principalement utilisés en vaisselle de table ou pour stocker (amphores, bouteilles et jarres), ainsi que pour la toilette comme flacons de poudres odorantes et onguents. Quelques-uns ont même eu un usage funéraire pour contenir les os brûlés des défunts.

L’objet suivant – appelé le Vase Bleu – est accompagné d’explications intéressantes : il a été découvert à Pompéi en 1837, dans une chambre mortuaire. Le fait que Ferdinand II se trouvât là au moment de la découverte a jeté de sérieux doutes sur la provenance réelle de l’objet, connaissant l’habitude à l’époque de simuler des découvertes prestigieuses pendant les visites officielles des personnalités… Déjà des as de la com’ !

(Désolée pour la qualité médiocre de la photo, mais d’où que je me positionne autour du vase,
j’étais toujours à contrejour, avec des spots en face… )

La technique du camée (ou pâte de verre ?) est utilisée sur ce vase : le verre bleu cobalt est recouvert d’une couche de verre blanc dans laquelle une scène figurative est gravée. Elle représente des cupidons vendangeant du raisin sous des vignes lourdement chargées, dans une atmosphère joyeuse et festive, une allusion claire à Dionysos, le Dieu du vin, relayant ainsi un message d’espoir et de bien-être et la garantie d’une vie heureuse après la mort. Limpide, non ?
Le vase a la forme d’une amphore et fut probablement utilisé comme urne de crémation, s’il est exact qu’il vient réellement d’une tombe. Sinon, sa qualité artistique exceptionnelle pourrait aussi faire qu’il ait eu un rôle purement décoratif, comme symbole du rang social élevé du propriétaire.

On poursuit avec les salles consacrées aux très nombreuses fresques romaines récupérées sur les sites. 300 sont exposées depuis 2009 sur les 1500 existantes ! La technique utilisée était la suivante : on dessinait d’abord une esquisse préliminaire de la composition sur une couche de plâtre brut, qu’on recouvrait ensuite d’une couche finale d’enduit lisse. Les contours du projet de dessin était rapidement incisés et un ou plusieurs peintres démarraient la peinture en commençant par le haut du mur. Le « peintre mural » utilisait des fils à plomb, des compas, des poinçons et des équerres pour dessiner les lignes architecturales de l’arrière-plan et les contours des éléments mineurs, qui étaient peints par la suite. Le « peintre figurarif » dessinait les scènes figuratives directement sur le mur ou sur des panneaux de bois dans son atelier, qui étaient ensuite incrustés dans le plâtre dans des espaces réservés sur le mur. Les peintres romains étaient des copistes plus ou moins talentueux, qui s’inspiraient de peintures grecques, ajoutant parfois leur touche personnelle. On connaît très peu de noms de peintres romains, hormis Fabullus (bien-nommé !) et Ludius qui ont décoré la maison de Néron, et une femme prénommée Iaia.

Coupelles de pigments de couleur

On commence par un lararium, qui étaient des images de divinités tutélaires, placées dans des niches dans les atriums des maisons, les boutiques et ateliers, les « fast food », les croisements de rues et les bâtiments publics, sensées protéger les vies des citoyens et garantir le succès de leurs actions, en échange d’offrandes de fruits, oeufs et lait.

La fresque ci-dessous met en scène des « lares », c’est à dire des dieux mineurs protecteurs du foyer domestique, toujours représentés jeunes, en train de danser ou de verser du vin. Ils sont accompagnés d’un Génie, protecteur et guide spirituel des gens au cours de leur vie, représenté voilé près d’un autel sur lequel il place son offrande. Les serpents sont fréquemment représentés, seuls ou en paires, comme apporteurs de prospérité, à qui on offre des fruits, des pignons de pin et des oeufs.

A l’époque de l’éruption, les scènes les plus représentées étaient issues des récits mythologiques, évoluant des scènes héroïques vers des scènes plus intimistes.

Ainsi, on trouve dans une villa de Pompéi cette fresque mettant en scène Dionysos, accompagné d’une procession de Ménades et de satyres ainsi que du vieux Silenus, découvrant le voile recouvrant une Ariane endormie sur les genoux de Laur… pardon d’Hypnos.

Avançons dans la Villa du Poète Tragique avec cette fresque sur le Sacrifice d’Iphigénie où l’on voit le devin Calchas qui, cherchant à favoriser le voyage des bateaux achéens vers Troie, impose le sacrifice d’Iphigénie, sous les yeux horrifiés de son père Agamemnon, en présence d’Ulysse et de Diomède. L’histoire, inspirée de l’oeuvre d’Euripide, se soldera par le remplacement de la jeune fille par une biche envoyée par Artémis.

Nous pénétrons maintenant dans la vaste maison des Dioscures – les Castors et Pollux de la mythologie – pour y découvrir une fresque du héros Achille, caché à Skyros dans des habits de femme au milieu des filles du roi Lycomède. Il est démasqué par Ulysse qui a apporté des armes au milieu de ses offrandes et qui laisse éclater la trompette de la guerre.

Continuons avec Io, identifiable par ses cornes bovines, surveillée par Argos à la demande d’Héra, afin d’empêcher son mari Zeus de la séduire. Ah, ce Zeus, quel tombeur !…

Comme on le voit, les peintures étaient dominées par les exploits des dieux et héros de la mythologie grecque, dans un style classique, visant à recréer de façon grandiose une atmosphère solennelle en mettant en lumière les aspects les plus spectaculaires.

Dans la maison du Centaure, Héracles (Hercule pour les Romains) retient son jeune fils Hyllos, tandis que sa femme Dejanire attend calmement dans le chariot. Il fait face au Centaure Nessos (mi-homme, mi-taureau) qui lui montre la rivière qu’il propose de traverser portant Dejanira sur son dos.

On termine cet aperçu des fresques dans la maison de Jason : Pélias, le roi d’Iolcos, reconnait Jason à la sandale qu’il lui manque, et qui est, selon la prédiction de l’oracle, celui qui doit mettre un terme à son règne. On le voit sur le point de sacrifier un taureau sur l’autel du temple, aidé de ses filles et d’un assistant.

Autre (petite) déconvenue lors de notre visite : deux salles étaient fermées au public pour raisons techniques ce jour-là : les étonnants papyrus de la Villa des Papyrus, qui doit son nom aux plus de 1000 textes écrits sur des rouleaux de papyrus, découvert en 1752-54 dans la bibliothèque située sur le côté oriental de la villa. Couchés sous une épaisseur de lave, et soumis à des températures extrêmes, les papyrus ont subi un processus de combustion qui les a préservés en dépit de leur extrême fragilité.

Les premiers essais pour les dérouler furent infructueux. C’est finalement le Père Antonio Piaggio qui mit au point une très ingénieuse machine – ou plutôt un moyen de traction (tiens, tiens…) – qui porta son nom et fut utilisée jusqu’au début du 20ème siècle. Les textes révélèrent des textes majoritairement écrits en grec, inconnus jusque là, dont l’ouvrage le plus important d’Epicure La Nature et des textes de ses disciples, ainsi qu’une grande variété de comédies, de travaux historiographiques et de documents politiques et légaux. Mais vous ne verrez rien de tout cela ici car la salle était fermée !

En revanche, nous avons pu voir la collection assez impressionnante de bustes et statues en bronze et marbre, également découverte dans cette villa :

Qui reconnaissez-vous ?
Réponses à envoyer dans les commentaires
(à gagner : l’admiration des lecteurs-trices) !
Les deux bustes sont anciens, à quelques siècles d’intervalle
Le satyre ivre (c’est double peine…)

Cette villa aux dimensions considérables, était construite sur un éperon rocheux descendant à pic sur la mer, à l’ouest d’Herculaneum. Elle a été découverte par hasard le 2 mai 1750 par un ingénieur suisse de la garde royale. Son excavation a pris 6 ans, puis s’est interrompue quelques années pour reprendre pendant 2 ans en 1764-65.

Les travaux avançaient en creusant de petits tunnels horizontaux dans les bancs de lave, et l’ingénieur réussit la tâche difficile de documenter exactement l’ensemble de la construction, sur une carte datée du 20 juillet 1754, qui montre la villa en relief, mais aussi la position des nombreux puits ouverts pour descendre sous terre. Il utilisa tout un système de symboles pour détecter la variété des sols, ainsi que l’emplacement et le matériau des sculptures en bronze et marbre.

En parlant de sols, en voici quelques maginifques échantillons (cadeau cousine !) :

Enfin, des moulages des corps retrouvés calcinés dans leur position d’ensevelissement ont été réalisés et sont conservés à Pompéi, hormis ce moulage d’une femme avec un voile sur les hanches, le seul exposé au musée :

Egalement fermée la chambre secrète, qui renferme un tas d’objets et oeuvres érotiques, révélateurs de la vie intime des romains, dont l’exposition a été très longtemps censurée, et qui auraient pu égayer un peu (ou beaucoup ?) notre visite… En guise de lot de consolation, si on peut dire, on pouvait accéder derrière des rideaux (parfois doubles !) à quelques salles sensées symboliser l’amour, mais avec un petit « a », vu que je ne me rappelle presque plus rien des quelques pièces présentées : quelques petites statues et peintures tout ce qu’il y a de plus abstraites je crois.

En conclusin, peut-être suis-je devenue trop exigeante et addicte des tonnes de scénographies souvent déployées en d’autres lieux touristiques, je vous laisse juger par vous-mêmes, mais nous avons tout de même apprécié la grande qualité artistique de la plupart des oeuvres et objets… sachant que parfois j’ai quand même dû augmenter à fond le curseur d’exposition des photos !

Après deux heures de pérégrinations, nous n’avons pas eu le courage d’aller voir la collection Farnese, sûrement à tort et tant pis pour nous, accessible au rez de chaussée.

Un petit souvenir en clin d’oeil de cette journée…

C’est drôle, mais plus on se rapproche physiquement des gènes de ses ancêtres, quelque part entre Naples et Rome, et plus l’âme latine a tendance à s’afficher sans aucun complexe on dirait

5 Replies to “Les vestiges de Pompéi & Herculaneum au musée de Naples”

  1. Bon, désolée, je lis pas au fur et à mesure, mais je suis quand même la 3ème lectrice passionnée! Merci pour l’Ariane endormie, mais oui je préfère les genoux de Laurent, l’Hypnose, très peu pour moi… :-)
    Moi je me souviens d’avoir visité Naples en 2003 ou 2004, je pensais que ce serait mon dernier voyage avant les dialyses et je voulais voir Naples! On y avait passé une semaine, aucun souvenir du musée archéologique qu’on avait sûrement (?) visité, mais j’étais surtout branchée par les peintures dans les églises (Caravage) et l’architecture…

    J’aime

  2. ça valait la peine quand même de voir ce musée ! et vous auriez dû aller manger une glace et regarder après la collection Farnèse, bande de blasés ! Moi je ne me lasse pas, j’adore voyager par procuration !
    merci pour ce beau blog et commencez à réfléchir au prochain …
    quant à la devinette, oui, pourquoi pas Scipion, ou Sénèque, le précepteur de Néron, mais je ne sais pas s’il était noir ?
    cessez le suspence !
    plein de bises
    Hélène

    J’aime

    1. Oui je regrette un peu a posteriori pour la Farnese… On va dire que ce sera pour la prochaine fois ! Et oui, je réfléchis déjà à la prochaine virée ! C’était bien Scipion, il m’a tapé dans l’oeil immediately ! Bises

      J’aime

  3. Ahhhhhhhh ! Ben moi j’ai trouvé ça trèèèèèès beau !!!!!!!!
    Effectivement, ça fait musée ancien genre mais bon, il y a des objets magnifiques ! Les bouteilles de verre mixte ( verre + céramique) – comment ils ont fait ? C’est plus que beau !
    Les autres pièces en verre ( en haut du vase bleu), quelles couleurs ! Quel bleu ! ( mille merci pour la photo des pigments ! Le bleu est foncé comme du lapis lazzuli – afghan ou iranien). Quel ocre aussi !
    Wow ! Et le vase aux camés ! Quelle beauté !
    Belles peintures aussi mais Dieu que leurs histoires sont compliquées!!! ( je me propose de faire des recherches sur les techniques pour peinturer ces murales, je suis intriguée par l’enduit lisse…colle de lapin ? ). Très drôle le Laur.. rayé !
    Les bustes ! Le chauve…me semble qu’il y en a un comme ça dans tous les musées de Rome…Sipion ( Scipion) ? Est-ce que je gagne ?
    Par contre, dans la photo de la rangée de buste, c’est le 3 e à partir de la gauche qui ressemble le plus à Alain ! D’ailleurs Alain, j’espère que tu es fier de tes origines !!! Ils font des musées à la gloire de tes ancêtres! On ne peut pas tous se vanter de cela !
    Et un grand merci pour les mosaïques magnifiques! Ca donne les larmes aux yeux tant c’est beau ! Oui, le syndrome de Stendhal fait partie de ma vie…
    Et on peut dire que vous finissez en lion !
    Ahhhhhhhh ! Ca commence bien mon vendredi !
    Merci, merci, mille fois merci !

    J’aime

    1. Tu as raison ça valait la peine ! Et j’ai presque pris plus de plaisir à concevoir cet article de blog qu’à la visite elle-même. Je vais t’envoyer par mail la photo du panneau sur la technique de peinture, peut être ce sera plus clair pour toi. Et oui, bravo, on reconnaît bien le Scipion des images de nos livres de latin !… Je passe le message pour la ressemblance du 3ème à partir de la gauche, il sera peut être un peu déçu, lui qui se voyait comme un lion :-)). Ravie de pouvoir t’enchanter à distance avec les mosaïques, qui sont impressionnantes de précision, et si bien conservées ! A bientôt le dernier article !

      J’aime

Répondre à Anonyme Annuler la réponse.

Sans tambours ni trompettes

Blog voyages de deux jeunes retraités, n’offrant ni conseils ni bonnes adresses, juste des cartes postales sympas (comme nous) pour garder le contact avec la famille et les amis que ça intéresse. Et ça servira de pense-bête quand nos neurones joueront à cache-cache.