Matera, star absolue des décors de rêve

(**14.10 : cf mise à jour vers la fin de l’article sur les églises S.M. de Idris et Monterrone, ainsi qu’en fin d’article un rajout sur la carrière Casa Cava)

Dimanche 8 octobre

Nous avons quitté les Pouilles pour sa voisine, la Basilicate, une petite région coincée entre les Pouilles et la Calabre.

Nul besoin de créer des décors pour tourner des films historiques à Matera, les ingrédients architecturaux sont déjà dans la place ! La ville – internationalement reconnue par l’Unesco en 1993, et sacrée Capitale de la Culture en 2019 – a débuté sa carrière de cinéma en 1964 en campant la ville de Jérusalem pour le film de Pasolini « L’évangile selon Saint Mathieu », puis plus récemment avec « La passion du Christ » de Mel Gibson en 2004 et un remake de Ben Hur avec Morgan Freeman en 2016, jusqu’au James Bond de « Mourir peut attendre » en 2021.

Une vue d’ensemble de la ville nous fait vite comprendre pourquoi avec sa multitude de petites maisons creusées dans la roche – les sassi – imbriquées les unes dans les autres et recouvrant toute la colline, comme si un coup de baguette magique l’avait figée net dans le temps.

L’église San Giovanni Battista

Nous arrivons sur la place Vittorio Veneto, qui regroupe plusieurs édifices…

Un bronze de 2020 d’Andrea Roggi « Nos racines pour un nouveau monde »

…avec en son centre les vestiges d’un ancien marché.

Sur l’un des côtés, un belvédère permet une magnifique vue plongeante sur les maisons troglodytes – les sassi – ,et avec un peu de patience, on y est parvenus, et sans bimbo au 1er plan (dure tâche…) :

Sous la place, près de l’ancien marché, on descend visiter la plus grande des 5 anciennes citernes publiques de la ville, la Palombaro Lungo. Impressionnante par ses dimensions – 16 m de profondeur et 50 m de long – et par l’ingénieux système hydraulique de récupération des eaux de source qui permettait d’alimenter la ville en eau potable. Creusée à partir du 16ème siècle et fermée en 1927, elle pouvait contenir jusqu’à 5 millions de litres d’eau. L’argile des parois a été recouvert d’un enduit spécial imperméabilisant à base de terre cuite. L’eau était surtout prélevée en été, quand les nombreuses fontaines de la ville étaient à sec, avec des seaux en alu descendus dans un très long puits depuis la place.

Le fond de la citerne est incliné, juste sous le puits, de façon à pouvoir puiser même quand il y a peu d’eau, c’est-y pas malin, ça ?

On a fait l’impasse sur l’église rupestre – trop c’est trop ! – impatients de découvrir les sassi…

…et l’élégante cathédrale construite sur un rocher qui domine la ville.

Et encore de belles vues sur les sassi depuis le parvis de la cathédrale

On ne s’en lasse pas…
Les fondations de l’ancien monastère sur lequel la cathédrale a été bâtie
Une crèche napolitane de 1535

Achevée en 1270 après une cinquantaine d’années de construction, elle fut redécorée au 18ème pour coller aux style baroque – version flamboyante ! – de l’époque.

Tant de richesses l’ont anéanti…

Après un très bon déjeuner à la pizzeria Morgan, nous poursuivons nos déambulations au hasard des rues, tant il est fastidieux d’essayer de se fier au plan.

** (rajout 14.10)
Visite de deux petites églises imbriquées l’une dans l’autre – Madonna de Idris et San Giovanni in Monterrone – presque complètement construites dans un piton rocheux. Elles communiquent entre elles par un petit corridor ouvert au début du 19ème siècle.

La première (photo ci-dessous) doit son nom « de Idris » à la présence de citernes et bassins pour recueillir l’eau. Les fresques de la façade ont été retirées en 1972 pour les restaurer et éviter les actes de vandalisme.

Maître autel en tuf et plâtre de 1804 surmonté d’une fresque de la Madonne, avec des cruches d’eau à ses pieds, et le père éternel au-dessus de la tête

Des briques de céramique couraient depuis l’entrée jusqu’à l’autel afin que les pèlerins puissent lécher le sol lors de la dernière étape de leur parcours… Le trip suprême en quelque sorte.

La seconde église présente des fresques des 11ème – 12ème siècles d’influence byzantine, parfois réalisées sur des fresques plus anciennes. N’ayant pas d’explication sur la petite brochure, nous avons interprété – ou plus exactement Alain a suggéré – que les coups de canif visibles dans la partie basse correspondraient à des entailles faites pour accrocher l’enduit servant à la réalisation de la nouvelle fresque. D’autres propositions ?

On termine la journée par une petite ballade en moto sur la colline d’en face, pour revoir la ville au soleil couchant.

Elle est bien vaillante…

** Mise à jour
Je rajoute cette visite d’une ancienne carrière de tuf, entièrement creusée à la main, et transformée depuis 2011 en une salle de concert d’une grande qualité acoustique. Elle a la particularité d’avoir été découverte « récemment » en 1981. En effet, en l’absence de cadastre ou de document écrit la mentionnant, elle était tombée dans l’oubli. Le calcaire était extrait par le haut, par un puits construit dans une cave de stockage de denrées alimentaires.

Mise en service depuis la fin du 16ème siècle, les ouvriers sont descendus jusqu’à 15 mètres sous terre, pendant une trentainne d’années. Ensuite, elle a servi de dépotoir et son accès a été peu à peu submergé par de nouvelles constructions, dont une maison construite juste devant à la fin du 18ème siècle.

A Matera, il est fort probable qu’il reste encore beaucoup d’autres découvertes à mettre au jour.

One Reply to “”

  1. Je confirme qu’il fallait faire des entailles pour réaliser une fresque, de façon à bien faire adhérer le nouvel enduit; mais les entailles paraissent assez grosses? Et sur un seul saint? Peut-être que le saint n’ayant pas donné satisfaction malgré moultes prières, les adorateurs se sont vengés? Bon, pas d’autre idée.

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Sans tambours ni trompettes

Blog voyages de deux jeunes retraités, n’offrant ni conseils ni bonnes adresses, juste des cartes postales sympas (comme nous) pour garder le contact avec la famille et les amis que ça intéresse. Et ça servira de pense-bête quand nos neurones joueront à cache-cache.