Otrante au passé douloureux

Lundi 2 octobre

Avant d’arriver à Otrante, on s’est arrêtés au bord d’un lac relié à la mer par un petit chenal qui coupe la plage.

L’histoire d’Otrante est marquée par un évènement tragique survenu à la fin du Moyen-Age. La ville était au 15ème siècle un port majeur, le plus oriental de l’Italie, avec sa position stratégique en Méditerranée. C’est dans sa cathédrale que furent bénis les 12 000 chevaliers de la 1ère croisade pour Jérusalem en 1096, suivie de 7 autres jusqu’en 1291. Plaque tournante du commerce méditerranéen, c’était également un centre d’échanges culturels important avec le moyen-orient. Attention, couchez les enfants car la suite est plutôt sordide…

Mais la prospérité de la ville s’arrêta net à l’été 1480 quand 150 bateaux turcs arrivèrent en vue de ses côtes et que les 16 000 hommes du sultan Mehmet II débarquèrent sur une plage pour faire le siège de la ville. Après une quinzaine de jours de résistance, la ville cède et le 11 août, le massacre commence : tous les hommes de plus de 15 ans sont tués et le commandant de la garnison découpé vivant. Et c’est pas fini : les quelques 800 survivants qui refusèrent de se convertir à l’islam sont… tout simplement décapités (cf plus bas le passage sur la cathédrale). Et que fait-on des femmes et des enfants à votre avis ? Eh bien ils ont fait d’excellents esclaves. L’histoire est d’autant plus triste que cette victoire n’aura pas servi à grand chose, si on peut dire, puisque la ville fut reprise l’année d’après par les Aragonais…

L’église a tout de même attendu 2013 pour canoniser les courageux 800 martyrs, mais bon, on est d’accord ça change pas grand chose pour les malheureux. La ville n’a jamais retrouvé sa superbe d’antan et est restée isolée très longtemps, surtout que la malaria sévissait dans les campagnes environnantes, jusqu’à la fin du 19ème siècle. L’introduction de l’assainissement rural éradiqua la maladie et permit l’essor de l’agriculture.

L’édifice le plus remarquable – qui a miraculeusement été préservé lors des combats – est la cathédrale di Santa Maria Annunziata, la plus vaste de la région avec ses 54 m de long et 24 m de large. La façade, très élégante, arbore une jolie rosace gothique à 16 rayons, ainsi qu’un portail de style baroque (on s’habitue !).

A l’intérieur, le plafond est assez singulier, composé de multiples caissons dorés.

Mais l’élément le plus remarquable et le plus original est certainement son fameux sol pavé de mosaïque.1

Réalisé en 1163 par le moine Pantaleone (à lui tout seul ???), il est composé de 600 000 tesselles polychromes qui recouvrent l’intégralité du sol de la cathédrale.

Les multiples dessins représentent une vaste bande dessinée, aux sources variées : ancien testament, bestiaire médiéval, épopée d’Alexandre le Grand, ou simples scènes de la vie paysanne.

En son centre, un arbre de vie (symbole de l’élévation de l’esprit vers le spirituel), part de l’entrée jusqu’à l’autel, et de chaque côté un arbre part à mi chemin vers les nefs adjacentes.

Dernier élément marquant, et pas des moindres, la chapelle à droite de l’autel qui abrite les crânes des 800 martyrs décapités par les Turcs…

Pour finir, la crypte au sous-sol, et ses 42 colonnes

Ensuite, une agréable balade dans la ville

Beaucoup de rues portent le nom de l’un des martyrs

Et on termine par un tour du château aragonais, reconstruit après l’attaque des Turcs.

Près du port, l’épave rouillée d’un bateau albanais avec 140 migrants à bord, qui a fait naufrage en 1997, heurté par un navire de la flotte italienne (106 morts). Un sculpteur grec l’a traversé de lames de verre, pour symboliser le naufrage de l’humanité incapable de gérer les migrations.

L’Approdo. opera all’Umanità migrante

On a ensuite voulu jeter un oeil à un gouffre plutôt insolite creusé au milieu de la campagne, près de la mer, avec des parois rouges qui dévalent jusqu’à un petit lac. C’est l’abandon d’une mine de bauxite en 1966 qui aurait façonné cet étrange paysage.

Aucun panneau pour nous guider, une fois arrivés au milieu de nulle part… On se dirige donc au pif vers la mer, le long d’un chemin caillouteux et interminable.

Beau paysage à l’arrivée…

… de beaux specimens de lézard (ou salamandre ?)…

… mais de gouffre, point ! On s’en retourne donc en sens inverse…

Mais on ne s’avoue pas vaincus, enfin surtout Alain, qui trouve à l’opposé le bon et court chemin vers le gouffre.

Et nous terminons fraîchement la journée par le point le plus oriental de l’Italie, à la même longitude que Gdansk, en Pologne.

  1. MF c’est cadeau ! ↩︎

3 Replies to “Otrante au passé douloureux”

  1. Alors là !!!! Je suis flabergastée ( scotchée ) devant 1- cette mosaïque extraordinaire, si bien préservée ( pcq pas dehors ), et qui est composée , tant qu’à moi, de beaucoup plus que 600 000 tesselles ! Ah là là ! Et dire que plus le temps avance, plus je me vois en Italie dans cet atelier à Narni où ils peuvent nous enseigner comment faire de tels chef d’œuvres ! Merci merci merci !
    2- Otrante a effectivement une histoire bien triste. Faut le faire de garder toutes ces têtes coupées en « storage » pendant plusieurs mois pour ensuite tout récupérer et placer en ossuaire…Y en avait des âmes dévouées dans le «  bon vieux temps »! 
    Ceci dit, très jolie ville !
    3- encore et toujours ébahie devant les couleurs de la mer ( verts, bleus, violets…ahhhhh)
    4-et je reste sans voix devant les couleurs du sable des parois de
    cette ancienne carrière ! On vous croirait revenus en Californie !
    Quelle beauté ! Et quel contraste avec la pierre plutôt blanche de toute cette côte !
    Ça paraît que vous n’êtes pas aux USA parce qu’il manque, au paysage du bout de l’Italie et face à la mer, une quelconque structure colorée et de mauvais goût ( du genre homard rose géant en plastique) pour annoncer que vous «  êtes ici au point le plus à l’ouest de l’Italie » et que «  devant vous », à tant de km, «  il y a Le Caire, Athène, Tel Aviv « , etc, etc…Vous voyez le genre ! Hahaha ! 

    En tous cas, merci encore des magnifiques photos ! 

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    1. Je savais que ça te plairait 😊 On a hâte de te savoir apprentie de chefs-d’oeuvres en résidence en Italie.
      C’est vrai il n’y a pas de poulpe géant en plastique (recyclé bien sûr !) annonçant un record quelconque mais mon guide le remplace en répétant plusieurs fois que l’Albanie n’est qu’à 70 km… So what ? 😂

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  2. Ce n’est pas une salamandre (c’est jaune et noir), plutôt un lézard vert. Après Lecce, Otrante n’ est pas gaie. La cathédrale pleine de squelettes fait un peu peur mais le sol est impressionnant.
    Merci, bisous de St É

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Sans tambours ni trompettes

Blog voyages de deux jeunes retraités, n’offrant ni conseils ni bonnes adresses, juste des cartes postales sympas (comme nous) pour garder le contact avec la famille et les amis que ça intéresse. Et ça servira de pense-bête quand nos neurones joueront à cache-cache.