Alberobello, Locorotondo et leurs fameux « trulli »

Mardi 26 septembre

Nous voici arrivés dans l’un des joyaux des Pouilles, les célèbres « trulli », petites maisons rondes aux toits coniques qui s’éparpillent dans toute la région et classées au patrimoine de l’Unesco (moins pour la qualité toute relative de la construction que pour la culture et le mode de vie qu’ils traduisaient).

Il y en aurait environ 1600 dans la ville aujourd’hui (pour 10 000 habitants), dont un tiers encore habités, un tiers transformés en boutiques à touristes, et le dernier tiers laissé à l’abandon, leurs propriétaires préférant une habitation plus confortable.

L’origine de leur existence est assez particulière : au 17ème siècle, le comte de Conversano, ne voulant pas payer les taxes imposées par le roi de Naples sur les bâtis, n’autorisait ses serfs à ne construire que ce type de maisons précaires, en pierres sèches, sans fondations ni mortiers, afin qu’elles puissent être facilement démolies en cas d’inspection. Du coup, pas d’indication de la ville sur les cartes, les paysans vivaient dans la quasi-clandestinité, à la merci du bon vouloir des comtes qui se comportaient en tyrans. Petite histoire sordide : l’un deux, le seigneur Gian Girolano II, gentiment surnommé le Borgne des Pouilles, exerçait un droit de cuissage sur les épouses de serfs, en vertu duquel il imposait de passer la première nuit des noces avec elles (pour les amateurs de droit, ça s’appelait le « Ius primae noctis »). Au bout de 300 ans de servitude, des représentants de la communauté allèrent trouver le roi pour lui demander de les libérer du joug féodal. Et Alberobello devint en 1797 une ville reconnue par décret royal.

Trait distinctif, qui rappelle les maisons aveyronnaises : le toit en lauzes.

Et les pierres se trouvaient en abondance dans les champs que les paysans exploitaient, et ils les recueillaient au fur et à mesure pour les constructions. Nous sommes d’ailleurs dans la région de Murgia, « pierre » en italien, et je précise pour les amateurs/trices de cailloux (j’en connais !) que c’est un plateau karstique. Je m’arrête là, sinon je vous perds. Trois couches de pierre composent les murs, formant jusqu’à 1 m d’épaisseur.

Des familles de 8 à 10 personnes vivaient dans ces espaces très réduits, composés d’une pièce principale, d’une chambre pour les parents, et de niches pour les paillasses des enfants. La cuisine, pièce chauffée, était réservée pour les anciens ou les plus faibles. A l’entrée, un espace souvent réservé à l’âne de la maisonnée (l’animal, pas le simplet…). Les pinacles – les petites pointes au sommet du toit – témoignaient des moyens financiers de leurs propriétaires, selon leur complexité.

Les trullis se sont développés dans toute la vallée de l’Itrie, on voit partout pointer les pinacles blancs au milieu des constructions modernes, mais c’est à Alberobello qu’il y en a le plus, vu qu’ils n’ont pas pu construire autre chose pendant longtemps.

Elles sont souvent construites par groupes de plusieurs unités, chacune avec une fonction : cuisine, salon, chambre, four… comme celle sur nous avons pu visiter, qui appartient toujours à une riche famille, et qui est la seule à avoir un étage, innovation probablement rendue possible au moment de la libération de la ville.

Petite pensée pour les cousins/cousines…

Allez, encore un peu avant de repartir pour la ville voisine, Locorotondo.

Une vue du quartier Ala Piccola, moins touristique que le quartier Monti, où on voit que les trullis sont parfaitement intégrés aux maisons modernes
Je crois que ça lui a plu :-)

Locorotondo

A une dizaine de km d’Alberobello, cette petite ville aux maisons blanches a une structure circulaire, et est célèbre pour son excellent vin blanc. On jouit d’une très belle vue en arrivant dans le centre historique.

La blancheur des rues n’est rompue que par le rouge des géraniums ou le vert des vignes vierges ou autres plantes en pot.

L »imposante Eglise Madre
…et sa toute petite voisine, l’église San Nicola
Le jardin public, face à la mairie, où se retrouvent les petits papys pour la discute

Et toujours cette position dominante, où on aperçoit toutes les petites pointes blanches des trullis.

6 Replies to “Alberobello, Locorotondo et leurs fameux « trulli »”

  1. Super ce blog, surtout les renseignements géologiques évidemment (les clins d’œil aux cousins/cousines, bien entendu)
    Et le soleil est revenu 😁
    Bisous
    June

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  2. Ah c’est joli ces trullis ! Et comme quoi, l’évitement fiscal n’est pas d’hier !
    Avec ce nom un peu annonciateur de catastrophe, Locorotondo, je suppose que vous avec bien noté où était la moto !

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Sans tambours ni trompettes

Blog voyages de deux jeunes retraités, n’offrant ni conseils ni bonnes adresses, juste des cartes postales sympas (comme nous) pour garder le contact avec la famille et les amis que ça intéresse. Et ça servira de pense-bête quand nos neurones joueront à cache-cache.