Lundi 9 octobre
Nous sommes dans la région des « badlands », autrement dit des « mauvaises terres », au sud de la Basilicate, surnommée ainsi en raison de terrains argileux fragilisés par le ruissellement des eaux, qui creusent des ravines sur les pentes des collines.


La région réunit toutes les conditions nécessaires : terrains nus d’argile et de sables mélangés, exposés au sud, avec une pente entre 40° et 60°, subissant des étés longs et secs suivis de fortes pluies.


A perte de vue donc, un paysage lunaire de désolation…

Et surgissant au loin, le village de Craco, perché au sommet d’une colline rocheuse.


C’est un village troglodyte, abandonné par ses habitants en 1972, après que les glissements de terrain répétés, les infiltrations d’eau, les tremblements de terre, n’aient fini par convaincre la population qu’il valait mieux quitter les lieux.

Le village est inscrit depuis 2010 sur la liste des lieux à préserver par le World Monument Fund. Les visites ne sont autorisées qu’accompagnées par un guide. Le nôtre ne parle qu’italien, mais comme nous ne sommes que 4 à nous présenter à la visite de 15h, il a été adorable et a déployé d’énormes efforts pour nous faire un résumé des explications avec quelques mots d’anglais ou de français, complétés d’un dictionnaire en ligne. Et il a fallu s’équiper…


On a grimpé en plein cagnard le long des ruelles de ce village fantôme, en commençant par la rue principale du bas, dernière rue à avoir été habitée…

On arrive bientôt sur l’ancienne place principale, où un pan entier du village avait « atterri », à la suite soit d’un glissement de terrain soit du tremblement de terre du 17ème siècle – je n’ai pas compris les explications – mais de toute façon le résultat est le même.


Je pense avoir saisi dans les explications du guide et grâce à ses gestes que le continent africain a effectué une poussée au-dessus d’une autre plaque à cet endroit, ce qui a provoqué le tremblement de terre du 17ème siècle.



Cette tour a une histoire parallèle à l’histoire du village : dans les années 30 sous Mussolini, les fachistes cherchaient à installer une citerne d’eau, et le maire du village leur a dit : « ben y’a la tour là, allez-y, installez-vous ! »… Et c’est comme ça qu’ils ont dû je suppose consolider la tour avant d’y construire une citerne en béton à l’intérieur !


La photo suivante montre bien l’action du glissement de terrain, où on voit tout le pan avant de la maison qui a glissé.

Et voici le palais de la famille noble Grosso, dont les éléments du portail remontent aux 16ème et 17ème siècle.



et en-dessous, la petite excroissance, ce sont les toilettes



Et au fait, un petit détail de l’histoire : tout a été volé depuis l’abandon du village, mobilier, éléments de construction, etc…, une véritable razzia.

Et de partout, une vue à couper le souffle…

Dernier point intéressant : comme à Matera, l’endroit attire les réalisateurs en recherche de lieux antiques ou inquiétants. Ainsi, l’arbre auquel a été pendu Judas dans le film « La Passion du Christ » de Mel Gibson, se trouve juste au-dessous des fenêtres du salon du palais Grosso, devant le magnifique paysage ci-dessus. Le guide nous l’a montré mais je n’ai pas su lequel c’était..
Francesco Rosi a également choisi en 1979 l’une des maisons de Craco, ci-dessous, comme cadre du lieu d’exil de Carlo Levi par les fachistes dans les années 30, dans son adaptation du roman « Le Christ s’est arrêté à Eboli », avec Gian Maria Volontè . En réalité, Carlo Levi était exilé pas très loin, à Aliano, près de Matera, où il a d’ailleurs souhaité être inhumé.

C’est d’ailleurs ce roman publié en 1945 qui a sorti la région de Matera de la misère en révélant au pays le degré d’extrême pauvreté des habitants des sassi, et qui a déclenché des mesures législatives en faveur du relogement des populations dans des conditions modernes.
Rien à voir avec Craco, mais tant qu’on est dans le thème du cinéma en Basilicate, on peut signaler en passant que le grand-père de Francis Ford Coppola est né à Bernalda, dans la province de Matera, oui Madame ! Et que même il en est fier !
Une bien belle après-midi, dépaysante, avant notre remontée sur Naples.


Oui c’était intéressant et surprenant 👍
J’aimeJ’aime
Comme Matera, cet endroit est vraiment surprenant ! On se croirait effectivement au moyen-orient et dans les déserts des US ! Les westerns spaghettis ont dû y être aussi tournés, entre deux films religieux. Et toujours ce ciel bleu pétant !
Très chic le casque rouge !
En tous cas, tout est très beau !
J’aimeJ’aime
J’ai vu qu’ils obtenaient des fonds de l’Europe pour la préservation, alors peut-être que ça permettra de tout consolider.
J’aimeJ’aime
Craco c’est craquant ! mais je serais partie habiter ailleurs aussi, malgré sa beauté et ses vues. Quel dommage que tout doive un jour finir de basculer… D’ici là, ça donne quelques photos saisissantes dont je vous remercie bien !
bises
Hélène
J’aimeAimé par 1 personne